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La fille de Brest (sur Ciné + Frisson)

Sortie  le  04/11/2022  

De Emmanuelle Bercot avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel, Isabelle de Hertogh, Lara Neumann et Philippe


Dans son hôpital de Brest, une pneumologue découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d'un médicament commercialisé depuis 30 ans, le Mediator. De l’isolement des débuts à l’explosion médiatique de l’affaire, l’histoire inspirée de la vie d’Irène Frachon est une bataille de David contre Goliath pour voir enfin triompher la vérité.

Si vous voulez être baigné, voire directement confronté d’entrée de jeu dans un milieu hospitalier, les premières images vous y plongent sans ménagement ni prise de pincettes (à part celles employées en chirurgie) avec une « opération à cœur ouvert », celle du remplacement d’une valve cardiaque en direct dans un bloc opératoire ! Rien de mieux en effet pour nous mettre dans le bain – et ce n’est pas fini avec une « autopsie » un peu plus tard ! - afin de nous raconter la véritable histoire de cette femme qui s’est battu dès 2009 pour révéler les effets indésirables et déclarer toxique un médicament antidiabétique, poison bien connu du nom le Médiator. Et pour jeter ce pavé, cette sacrée bombe dans la marre, l’actrice « palmée » Emmanuelle Bercot – avec sa prestation dans le film Mon roi de Maïwenn – mais aussi réalisatrice (Backstage ; Les infidèles ; Elle s’en va : La tête haute) a adapté le livre d’Irène Franchon intitulé Médiator 150 mg : combien de morts ?, celle par qui les révélations ont été révélées et le scandale a éclaté, s’entourant d’un casting exemplaire et on ne peut plus crédible, voire acharné et même engagée pour ne pas dire « radicalisée » par moment, notamment la danoise Sidse Babett Knudsen (vue dans L’hermine et la série Borgen, une femme au pouvoir) qui interprète cette héroïne lanceuse d’alerte, à la fois battante, courageuse et déterminée au point de ne rien lâcher, ainsi que le surprenant Benoît Magimel dans la peau d’un chercheur, professeur pur et dur qui l’a secondé et soutenu dans cette lourde et difficile « épreuve » jusqu’en 2011.
Vous en serez quitte donc pour découvrir les coulisses de leur enquête menée dans les règles (de l’art) à travers l’ensemble ou, du moins, la plupart des investigations qu’ils ont entrepris – et des affrontements qui ont subi - depuis leur centre clinique de Brest (d’où le titre) et avec l’aide de certaines autorités sanitaires (surtout l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de la Santé) filmées dans un style construit solidement qui se rapproche parfois du documentaire, que ce soit les recherches effectuées, les analyses présentées, les déclarations faites en réunion, la validité des résultats discutables, les allégations aussi, sans oublier les partenariats = les commissions ou, si vous préférez, les collaborations de certains docteurs avec des laboratoires pharmaceutiques, et tout cela afin de faire éclabousser l’énorme supercherie au grand jour et aux yeux de tout le monde, scientifique comme médiatique. Mais que de chemins parcourus avant d’en arriver là, aussi sinueux et tortueux que possible (« aucune étude n’est valable sans consultation et publication ») ! Ne dit-on pas d’ailleurs qu’« on ne trouve que ce qu’on cherche » ?
Bref, que de patience et d’abnégation pour mener à bien cette « guerre sainte » ou, plutôt, ce combat, et arriver au résultat escompté ! Ne soyez surtout pas réticent, dubitatif ou frileux face à ce sujet qui ne va pas forcément attirer tout le monde (plus de 2h), au vocabulaire certes parfois quelque peu complexe d’autant qu’il défend une noble et vraie cause (« ils se battent pour les malades, pour protéger la vie de leurs patients ») à travers un engagement désintéressé et à but non-lucratif (sauf malheureusement pour les labos à notre grand dam !), ce film tourné loin du reportage télévisé est néanmoins nécessaire aux bonnes explications et compréhensions de ces sociétés voyous – autour de ceux qu’on appelle les « criminels en col blanc » - (en l’occurrence ici les laboratoires Servier), qui abusent souvent de leur pouvoir ou, du moins, de leur leadership, sur un marché rentable, on ne peut plus juteux pour eux. On vous l’assure, ce long métrage pédagogique « hors du commun », aussi nécessaire qu’efficace et sans (aucun) doute dérangeant pour certains, vaut bien une polémique : une de plus ou de moins, quelle importance mais, toutefois, quelle différence de taille aux vues des résultats ?

C.LB



 
 
 
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