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Memories of murder

Sortie  le  05/07/2017  

De Bong Jong-Ho avec Song Kang-Ho, Kim Sang-Kyung, Hie-Bong Byeon, Jae-Ho Song, Seo-Hie Ko et Hee-Bong Byun


En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d'une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d'autres crimes similaires ont lieu. Dans un pays qui n'a jamais connu de telles atrocités, la rumeur d'actes commis par un serial killer grandit de jour en jour. Une unité spéciale de la police est ainsi créée dans la région afin de trouver rapidement le coupable. Elle est placée sous les ordres d'un policier local et d'un détective spécialement envoyé de Séoul à sa demande. Devant l'absence de preuves concrètes, les deux hommes sombrent peu à peu dans le doute...

La réputation du réalisateur sud-coréen Bong Jong-Ho n’est plus à faire depuis longtemps, au moins depuis le thriller fantastique The host, le film dramatique Mother, et celui de science-fiction Le transperceneige. Reconnu comme tel et, d’ailleurs, présent au prochain festival de Cannes en compétition officielle avec son 5ème long métrage intitulé Okja, on se devait bien de reproposer en salles sa 2ème production, sortie en 2003 et restaurée pour l’occasion. C’est que ce polar certes typique mais pas classique sur fond de satire sociale mérite vraiment d’être (re)vu, d’autant qu’il est inspiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée dans les années 80, et qu’il change radicalement de ce que l’on a déjà pu voir dans le même style au cinéma, en un mot, d’un tout nouveau genre à l’écran.
En effet, la finalité de ce scénario particulièrement bien ficelé ne réside pas simplement dans la description minutieuse d’une enquête avec, comme but, l’impérative nécessité de pouvoir appréhender, une bonne fois pour toute, un tueur en série qui sévit aux alentours d’un petit village de campagne (à ce sujet, personne ne fut jamais inculpé pour ces crimes et, donc, le meurtrier n’a jamais put être arrêté !), mais également et surtout dans sa conception à dépeindre une « drôle » d’ambiance générale - entre fabrication de fausses preuves et actes de violence autant sur des suspects que sur des innocents, entre abus et tortures de la part de quelques flics trop zélés - qui règne au quotidien chez certains protagonistes au sein de la police judiciaire locale, en l’occurrence autour d’un policier débonnaire, un assistant bagarreur et un inspecteur pragmatique venu tout spécialement de Séoul pour tenter de résoudre l’énigme.
Bref, un trio avec chacun ses méthodes bien à lui (la pratique de profilage n’existait pas encore à cette époque !) mais pas toujours très correct dans la façon de les appliquer, interrogatoires musclés compris ! N’ayant ni témoins à présenter – ou alors n’importe qui pourrait potentiellement faire l’affaire ! - ni preuves ou indices à fournir – malgré plusieurs légèrement falsifiés ! -, nos 3 zigotos plutôt bêtes, mal équipés et paumés, vont vivre bien des expériences, interrogations, rebondissements et autres tâtonnements intempestifs avec le peu de moyens du bord à travers des techniques d’enquête plutôt archaïques à nos yeux (souvenez-vous que nous sommes en 1986 !), jusqu’à prendre même rendez-vous avec un charlatan, une sorte de chamane, le tout à grands renforts certes de coups de pieds et de coups de poings mais aussi son lot de doutes, d’instincts, d’hypothèses, de piétinements, d’engueulades et d’errances, sans oublier tout de même pas mal d’évènements macabres non résolus à la clé !
Et pour donner encore plus de folie ambiante à toutes ces « actions préventives » de la part d’intervenants « losers » complètement dépassés avec l’ensemble bien entouré de mystères non élucidés, le metteur en scène n’a pas hésité à rajouter un brouhaha assez constant mais néanmoins efficace, ainsi qu’une BO fort éclectique afin d’apporter un rythme soutenu pendant les 2 heures 10 de pellicules. En résumé, une réussite exemplaire aussi passionnante qu’étonnante et aussi sobre que détonante, dans un esprit purement asiatique, sans esbroufe ni tape-à-l’œil d’aucune manière, loin des clichés d’usage et des effets faciles mais non dénués d’un certain humour noir et d’un peu d’autodérision, qui d’ailleurs a fait souvent école par la suite....

C.LB



 
 
 
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