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Gauguin – voyage à Tahiti

Sortie  le  20/09/2017  

De Edouard Deluc avec Vincent Cassel, Tuhei Adams, Malik Zidi, Pua-Taï Hikutini, Permille Bergendorff, Marc Barbé et Paul Jeanson


1891. Gauguin s’exile à Tahiti. Il veut trouver sa peinture, en homme libre, en sauvage, loin des codes moraux, politiques et esthétiques de l’Europe civilisée. Il s’enfonce dans la jungle, bravant la solitude, la pauvreté, la maladie. Il y rencontrera Tehura, qui deviendra sa femme, et le sujet de ses plus grandes toiles.

C’est la période des biopics centrés autour de la vie de célèbres artistes peintres et/ou sculpteurs à l’écran ! Bien après My left foot, Séraphine, Pollock, Surviving Picasso, Frida, Van Gogh (il y en a eut d’ailleurs des tas sur lui !), La jeune fille à la perle, Basquiat, Les fantômes de Goya, Artemisia, Modigliani, Big eyes, Klimt, Rembrandt, Bruegel- le moulin et la croix, et plus récemment, Mr. Turner, Egon Schiele, ainsi que la tendance française avec Lautrec, Renoir, Berthe Morisot, et Cézanne et moi, sans oublier dernièrement Rodin, c’est encore au tour de Gauguin de faire la une du cinéma dit « artistique » (après sa présence dans La vie passionnée de Vincent Van Gogh, Gauguin – le loup dans le soleil, Vincent et Théo, et Gauguin). Cette fois, le réalisateur Edouard Deluc (Mariage à Mendoza) s’est focalisé sur une période bien déterminée de son existence, celle de son séjour fort lointain, en Polynésie Française, notamment à Papeete sur la sublime île de Tahiti. Bref, il va y avoir de quoi rêver pendant au moins 2 heures !
Malheureusement, c’est à peu près tout ce que vous verrez à l’image, c’est-à-dire cet endroit perdu en plein Océan Pacifique avec sa végétation luxuriante, ses paysages d’une rare beauté, ses magnifiques décors à couper le souffle, ses eaux bleues pleines de poissons exotiques, ses habitants aussi débonnaires que nonchalants, tel un guide touristique de ce coin de paradis qui fleure bon l’aventure, à une époque qui n’était pas encore (trop) envahie par les visites d’étrangers blancs ! En effet, la mise en scène se focalise autour des allers et venues de Paul Gauguin sur cet îlot encore sauvage, entre sa cabane « pourrie », où il vit et travaille comme un miséreux et dans un état physique assez pitoyable, et ses errances de moribond (il sort tout juste d’un infarctus) en quête d’inspiration en pleine forêt d’une très belle densité, là où il trouvera sa muse, sa femme modèle qui lui permettra de créer ses toiles les plus emblématiques.
Pour interpréter cet artiste « maudit » vivant quasiment « d’amour et d’eau fraîche » ou, du moins très chichement, le réalisateur a fait appel à Vincent Cassel qui s’en donne à cœur joie dans le rôle du « galérien » (dans tous les sens du terme) assez haineux de la civilisation, obnubilé par ses tubes et ses cadres, à la fois jaloux et égoïste, s’exprimant fort et parlant de façon énergique limite emporté. Justement, question dialogues, il y en a peu voire à peine comme si Edouard Deluc avait préféré choisir la contemplation de la nature si expressive à ses yeux, autant celle de son interprète principal omniprésent que celle qui l’environne sur fond d’une BO mélancolique et même inquiétante.
Un parti-pris répétitif qui occulte l’esprit, l’expérimentation, le questionnement, une grande partie des pensées et des impressions (seulement couchées sur Noa Noa, son journal intime que l’on découvre seulement en infimes parties, surtout vers la fin du film) ainsi que certains agissements et réactions de ce « grand artiste » jamais reconnu de son vivant, pour laisser place à une recherche de douceur et de calme ambiants, de croquis et autres dessins esquissés, d’extase respiratoire sourde, de vi(d)e docile en suspend et d’ennui immuable aussi, là où il ne se passe rien (pas le moindre problème, ni le plus petit risque et encore moins de drame à l’horizon !), là où il fait bon vivre (il revit petit à petit) à ne quasiment rien faire ou presque (rah lovely !)....

C.LB



 
 
 
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