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Confident royal

Sortie  le  04/10/2017  

De Stephen Frears avec Judi Dench, Ali Fazal, Michael Gambon, Olivia Williams, Eddie Izzard, Adeel Akhtar, Tim Pigott-Smith et Paul Higgins


L’extraordinaire histoire vraie d’une amitié inattendue, à la fin du règne marquant de la Reine Victoria. Quand Abdul Karim, un jeune employé, voyage d’Inde pour participer au jubilé de la reine Victoria, il est surpris de se voir accorder les faveurs de la Reine en personne.
Alors que la reine s’interroge sur les contraintes inhérentes à son long règne, les deux personnages vont former une improbable alliance, faisant preuve d’une grande loyauté mutuelle que la famille de la Reine ainsi que son entourage proche vont tout faire pour détruire.
A mesure que l’amitié s’approfondit, la Reine retrouve sa joie et son humanité et réalise à travers un regard neuf que le monde est en profonde mutation.


C’est toujours un véritable plaisir que de retrouver sur grand écran une nouvelle production cinématographique du célèbre réalisateur anglais Stephen Frears, jamais rassasié d’une histoire à (nous) raconter - que ce soit une comédie ou un drame, un thriller (souvent social) ou un polar (soit comique soit bien noir), un biopic, une satire ou encore une adaptation –, ni en panne d’inspiration pour la tourner (d’autant qu’il nous propose au moins un film par an de styles très différents) ! Cette fois-ci, il s’attaque à un fait réel ou, si vous préférez, un « détail » historique inédit propre à l’Angleterre, celui de l’amitié méconnue qui exista entre la reine Victoria (jouée par « l’indétrônable » Judi Dench aussi hautaine que malicieuse, ayant déjà maintes fois revêtue l’habit de souveraine et non des moindres : souvenez-vous de Shakespeare in love dans le rôle d’Elisabeth 1er et, surtout, La Dame de Windsor dans déjà celui de la reine Victoria !) avec un jeune serviteur hindou plein de sagesse (interprété par Ali Fazal, vu notamment dans Fast & furious 7), fraîchement débarqué de son Inde natale pour offrir un « mohur » (une pièce commémorative) au jubilé d’or – les 50 ans de règne – de la reine, et qui restera sur place jusqu’à sa mort.
Grand amateur de films en costumes dont il connaît depuis longtemps tous les rouages de la reconstitution minutieuse (on lui doit celle des Liaisons dangereuses, de Mary Reilly, de Madame Henderson présente – avec déjà Judi Dench dans le rôle principal – de Chéri et dernièrement de Florence Foster Jenkins), Stephen Frears n’oublie pas de nous offrir un défilé de robes et autres tenues fantaisistes (entre autres celles indiennes) plus somptueuses les unes que les autres, sur fond de demeures et de paysages magnifiques (tour à tour anglais – le château de Windsor ; la résidence d’Osborne sur l’île de Wight -, écossais – le château de Balmoral -, indiens – le Taj Mahal - et aussi italiens à Florence). Fort de ces nombreux ingrédients descriptifs, il ne pouvait en aucun cas louper ce récit dramatique sauf que ce dernier croule littéralement sous les excès en tout genre, qu’ils soient d’ordre obligatoires – la cour est soumise à de très nombreuses règles strictes et coutumes à suivre à la lettre - ou bien alors de signes d’affections, de gentillesse à qui mieux mieux et de sourires protocolaires en veux-tu-en-voilà de la part de ses acteurs principaux comme des autres.
En effet, c’est un véritable défilé de courbettes, conventions et courtoisie, de bonté également, de dévotion et de dévouement à tout bout de champ, sans quasiment un accro ou une colère à l’horizon, excepté un léger embarras d’ordre politique vite oublié. Il faut attendre que le reste de la maison royale, composée pour beaucoup de sa proche famille, tous plus vaniteux et jaloux les uns que les autres, se révolte contre ce roturier récemment élevé au rang de membre de la couronne presque d’égal à égal avec les enfants de la reine, pour que celle-ci, « aveugle et égoïste », ouvre un peu les yeux, qu’elle a d’ailleurs souvent fermés, et réagisse violement ! N’est-elle pas l’impératrice des Indes, que diable ? C’est que son fameux employé devenu « confident » raffiné leur fait de l’ombre à tous, veillant sur elle tel un guide spirituel et recueillant ses moindres confessions (elle se sent seule) et autres révélations, elle qui n’aspire qu’à vivre « une existence simple et rudimentaire ». Ben voyons : on y croirait presque !
C’est tous ses éléments qui, ajoutés les uns aux autres, nous rendent ce scénario certes joliment mis en scène mais sans grande saveur narrative ici, un récit assez plat voire fade malgré son "goût" certain pour une restitution presque fidèle d'un passé révolu, une suite d’anecdotes pour la plupart sûrement vraies qui prennent sans aucun doute certaines libertés sur la réalité, usant à l’image d’une évidente niaiserie (que de rictus outrageusement soulignés !) et d’une perplexité toute bienveillante (il faut voir l’entourage royal, vouloir d’un commun accord pour le moins réprobateur, mettre un terme à cette pagaille « étrangère » !), à la fois autour de la vieillesse d’une reine en fin de parcours, pardon, de gouvernance, et de la promiscuité aussi séduisante qu’innocente d’un valet de pieds étonnement charmant qui grimpe les échelons d’une hiérarchie multi-centenaire profondément immuable et spécialement attachée autant à ses valeurs ancestrales qu’à ses acquis coloniaux (ce n’est pas pour rien si la Grande-Bretagne a gouverné l’Inde pendant presque 200 ans).
P.S. : Confident Royal est adapté du livre "Victoria & Abdul: The true story of the Queen's closest confidant" de Shrabani Basu, qui ressortira aux Presses de La Cité le 21 septembre prochain....

C.LB



 
 
 
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