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Call me by your name

Sortie  le  28/02/2018  

De Luca Guadagnino avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg, Amira Casar, Esther Garrel et Victoire du Bois


Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia.
Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour.
Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

*Oscar 2018 du Meilleur scénario Adapté


C’est bien la 1ère fois qu’un long métrage, traitant de l’homosexualité toute naissante chez un jeune garçon de 17 ans, sort quelque peu des sentiers battus : cette fois, rien n’est montré, tout est suggéré pour ne pas dire évoqué en filigrane à travers des émotions toutes simples et à peine dévoilées, des sentiments pas encore révélées mais qui vont s’affirmer par la suite, des petits gestes sans véritable importance, des attentions sans réelle conséquence au début, bref, le regard troublé d’un ado, plus vraiment un enfant mais pas encore un homme, sur un étudiant nonchalant légèrement plus âgé que lui, venu passer quelques semaines dans sa famille pour travailler.
Tout en nuance et en retenue, tout en douceur et en délicatesse, tout en sensibilité à fleur de peau mais pas trop, ce film de genre est bien plus subtil, beaucoup plus intelligent et on ne peut plus vrai que la plupart de ces prédécesseurs qui ont abordé le même type de sujet par le passé, le plus souvent se déroulant eux aussi pendant la période des vacances d’été, saison bien connue pour être propice à l’éveil des premières romances. Excepté sans aucun doute Les roseaux sauvages d’André Téchiné, La mauvaise éducation de Pedro Almodovar et My own private Idaho de Gus Van Sant, cette belle production décrit elle aussi les « choses » simplement, sans chichi (« arrête de faire l’hôte parfait ! »), sans artifice ni racolage et encore moins d’effronterie (« tu ne me facilites pas la tâche ! »), avec des dialogues (« on ne parle pas de ces choses-là ») et des réactions presque improvisés comme si ces moments-là avaient été pris sur le vif, à l’instant présent sans pour cela avoir recours à plusieurs prises.
Il faut reconnaître que les 2 personnages principaux passent, certes doucement en prenant son temps mais sûrement avec aisance et sobriété, de la complicité aux sentiments : d’abord, de la rencontre à l’indifférence, puis de la connaissance à l’attention, et enfin de l’amitié à la déclaration. Pas besoin de complexité ni de prétention pour aborder un tel sujet tout en finesse ! Alors que dans l’ensemble des autres scénarios du même type, il est presque toujours question de rapports d’ascendance dominé/dominant entre un(e) jeune timide, mal dans sa peau et qui se cherche, avec un plus « vieux (ou vieille) » extraverti(e) et sûr de lui (ou d’elle), les protagonistes ici, en plus d’être beaux, sportifs et séduisants (ils affolent même la gente féminine avec qui ils ont des relations !), sont légers, vivants, spirituels, émouvants, observateurs, épanouis, sincères, lumineux, cultivés, plutôt assez émancipés pour leur âge et « bons » (dans tous les sens du terme) à travers leur approche l’un de l’autre. Nul besoin d’en écrire plus, il suffit de les voir évoluer pour comprendre l’évidence qui se créé et se matérialise sous nos yeux !
Voilà donc 2 acteurs sensationnels, aussi talentueux que magnétiques (l’américain Armie Hammer, vu dans The social netwok, J. Edgar Hoover, Blanche-Neige, The lone ranger et Nocturnal animals ; et le franco-américain Timothée Chalamet, aperçu dans la série Homeland et bientôt dans Lady Bird) qui méritent toute notre approbation – d’où déjà une pluie d’éloges enthousiastes et peut-être bientôt de récompenses à la clé (à commencer par le prix du meilleur film aux Los Angeles Film Critics Association Awards) ! -, tout comme un réalisateur inspiré (l’italien Luca Guadagnino, responsable de Melissa P, Amore et A bigger splash) qui sait y faire pour filmer parfois au plus près, parfois un peu plus éloigné, un désir amoureux intense qui nait et enflamme autant les esprits que les corps sans tabou ni pudeur et faux-semblants.
En résumé, une 1ère histoire d’amour passionnelle qui chamboule tout au moment de passer à l’âge adulte, habilement poétique et sensuelle (la découverte de soi), aussi solaire que touchante, merveilleusement interprétée (plusieurs nominations aux derniers Golden Globes), divinement tournée dans des paysages de campagne au nord de l’Italie (sans oublier une demeure luxueuse paradisiaque !), scénarisée d’après le roman d’André Aciman et produite par un metteur en scène américain de renom, James Ivory (on lui doit notamment les excellents chef-d'oeuvre que sont Quartet, Chambre avec vue, Retour à Howards End et Les vestiges du jour)...

C.LB



 
 
 
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