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Comédiens !

le  02/10/2018   au théâtre de la Huchette, 23 rue de la Huchette 75005 Paris (du mardi au samedi à 21h et matinée samedi à 16h)

Mise en scène de Samuel Sené avec Marion Préité, Fabian Richard et Cyril Romoli écrit par Samuel Sené (concept) et Eric Chantelauze (livret)




Au risque de céder à la facilité, on peut dire que « Comédiens », est avant tout l’histoire de…comédiens ! Ils sont ainsi au nombre de trois qui mettent la dernière main à la préparation de la pièce qu’ils doivent présenter le soir même.
Nous sommes en 1948, au théâtre de la Huchette, le théâtre même où est présentée cette « pièce dans la pièce », mais le lieu n’a que peu d’importance. On assiste aux galères de dernière minute de ces comédiens qui doivent faire tenir leurs grandes ambitions dans un plateau trop petit et contenir leurs colères et frustrations dans cet espace réduit qui devient rapidement étouffant. Il y a un couple, Guy, le metteur en scène et Coco, la comédienne, et un troisième larron, Pierre dont on apprend qu’il a été l’amant de la comédienne. De couple et de tromperies, il en est d’ailleurs beaucoup question dans la pièce qu’ils montent ce soir de l’année 1948 : « Le diable vauvert » de Roussin, la version musicale d’un vaudeville bourgeois.
Et le public franchement amusé - nous, les spectateurs d’aujourd’hui ! - d’assister à la répétition calamiteuse ! Et c’est là que le talent des trois compères se révèle : chanteurs, musiciens, danseurs, comédiens, ils savent tout faire et déploient leur art avec beaucoup de naturel et de drôlerie jusqu’à oublier rapidement l’anachronisme des chansons qui rappellent plus Michel Berger que Maurice Chevalier. On remarque particulièrement la fort jolie voix et le talent comique de Marion Préïté qui tient la dragée haute aux deux garçons, pourtant fort talentueux aussi. Le public exulte ainsi lors d’une scène de farce absolument irrésistible qui voit la femme infidèle et son amant professeur de piano tenter de faire croire au mari trompé que c’est elle qui joue du piano alors que c’est son amant-professeur qui manipule ses mains. Mais soudain, la comédie tourne au drame et la pièce montée par les comédiens laisse place à la vraie vie : le metteur en scène jaloux s’empare du rôle du mari trompé pour traverser le miroir qui sépare la fiction de la réalité. Et tout cela se termine très mal.
C’est un véritable choc pour le spectateur de « Comédiens ». Rien dans la pièce ne prédisposait en effet le personnage du metteur en scène à cette subite crise dévastatrice. Ce revirement de situation fait ainsi s’écrouler l’édifice bâti avec talent tout au long de la pièce par les trois comédiens de cette pièce. Même si « Comédiens » est inspiré d’une histoire vraie, et d’un opéra lui-même inspiré d’une histoire vraie, connu sous le titre français de « paillasse », on n’en reste pas moins abasourdi et quelque peu mal à l’aise devant le traitement très mélodramatique de la scène finale, fort peu en cohérence avec l’ensemble.
On oublie donc vite cette dernière scène qui tient à peine debout pour ne retenir que l’extrême talent de cette fort jolie troupe, rassurée que cette mise en abyme (le principe de la pièce dans la pièce) se soit arrêtée au bord du précipice…

E.D



 
 
 
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