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Les règles du savoir-vivre dans la société moderne (jusqu’au 15 janvier 2020)

le  07/10/2019   au Studio Hébertot, 78bis boulevard des Batignolles 75017 Paris (lundi et mardi à 21h)

Mise en scène de Roger-Daniel Bensky et Sophie Paul Mortimer avec Sophie Paul Mortimer écrit par Jean-Luc Lagarce




Sans être un expert de l’écriture de Jean-Luc Lagarce, auteur contemporain décédé prématurément en 1995 à l’âge de 38 ans, on reconnait rapidement la petite musique de son écriture : répétitions, formules et surtout critique du modèle de famille bourgeois.
Dans ce qui ressemble à une longue litanie de recommandations, et de conduites à tenir en toutes circonstances, de la naissance d’un enfant jusqu’aux funérailles, l’auteur déroule ainsi dans ce spectacle une prose sèche et technique à l’usage de tout membre de la bonne famille bourgeoise française catholique qui se respecte ; aucun affect, aucune affection, seule reste la règle, seul persiste l’usage, les convenances sont les reines d’une vie réglée minute par minute.
Toutes les hypothèses sont envisagées : le choix des prénoms pour les enfants, les cadeaux destinés aux bambins nouveaux baptisés « si c’est une fille, on choisira des colifichets pour l’habituer à la coquetterie », les mailles du filet des convenances ne laissent ainsi aucune place à l’individu, ni à ses sentiments - « l’expression du bonheur doit être continue » dit ainsi le texte au sujet des fiancés récemment unis, et même en cas d’échec - « le promis [débouté] doit rester digne et se marier à la plus laide de ses cousines ».
Que pouvait-on donc faire de ce texte sec et faussement technique ? C’est là tout le problème de ces « Règles du savoir-vivre dans la société moderne » montées au studio Hébertot ; les 3 metteurs en scène, et l’interprète Sophie Paul Mortimer qui fait partie du trio, ne prennent pas réellement partie. L’actrice, seule en scène semble ainsi parfois incarner une bourgeoise pincée, sorte de grande ordonnatrice des bonnes manières et des usages, telle la baronne Staffe qui écrivit en 1889 un véritable manuel des « usages du monde- règles du savoir-vivre dans la société moderne ». Puis elle change d’angle et apporte au texte un second degré qu’il n’aurait jamais dû quitter, se transformant en diva un peu excentrique.
La mise en lumières est à l’image de cette valse-hésitation et l’on ne comprend pas toujours les changements trop fréquents d’éclairage ; ils ne soutiennent que rarement la prose de Lagarce.
Le spectateur est ainsi rapidement gagné par l’ennui. Mais parce que le spectacle vivant est un travail en perpétuelle évolution, on peut espérer qu’à l’issue de cette troisième représentation à laquelle nous avons assisté, le trio œuvrant à la mise en scène prendra enfin un parti fort et redonnera à ce texte la vigueur et le potentiel comique qu’il possède intrinsèquement.

E.D



 
 
 
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