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Una madre

le  30/01/2021   au théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier 75014 Paris (à 14h30)

Mise en scène de Amahi Saraceni avec Vittoria Scognamiglio, Alvise Sinivia et Eloïse Vereecken écrit par Colm Toibin




Un banc à l’avant-scène, trois tables d’harmonie de piano à nu, squelettes verticaux et mystérieux et cette femme qui s’avance et nous raconte. Elle est italienne et a gardé l’accent rocailleux du Naples dont elle vient. Elle se dit une Cassandre, annonciatrice de mauvaises nouvelles. Elle nous raconte ainsi son périple en train vers la France, elle qui « rêve en français ou en italien mais le plus souvent en napolitain, qui réfléchit en français et se fâche dans les trois langues ».
Peu à peu, le récit, alternant le français et l’italien et parfois le napolitain (ses 2 derniers surtitrés), glisse vers l’intime, le départ de son fils « je n’étais même pas triste, c’était juste la fin de quelque chose ». « Sono tua madre (je suis ta mère) », dit-elle pour marquer encore l’inquiétude quant aux fréquentations de son fils, toujours entouré d’une bande douteuse. C’est que, de frasques en frasques, son fils finira mal, très mal, crucifié… car, oui, son fils, c’est bien lui, celui qui a causé le chaos lors de noces à Cana, celui qui l’ignorait presque, elle sa mère, pris qu’il était par la foule qui l’entourait en permanence, celui qui se disait fils de Dieu…
Inspiré du « Testament de Marie », signé Colm Toibin, un auteur irlandais, le texte a été enrichi et Marie est devenue une mère italienne, portant sa souffrance dans une langue tantôt sèche, tantôt intime, tantôt douloureuse. Chacun des trois idiomes sert une intention différente. La metteuse en scène le dit : c’était pour elle une évidence de faire jouer cette adaptation par Vittoria Scognamiglio, comédienne argentine, née à Marseille d’une mère grecque et d’un père italien, qui maitrise les trois langues et donne à chacune une intention et une musicalité qui lui est propre.
Pour habiller le texte, la metteuse en scène et dramaturge Amahi Saraceni a fait appel au compositeur Alvise Sinivia. Présent sur scène, le musicien frotte et caresse les cordes tendues entre les trois pianos désossés soulignant le récit de sons étranges et expressifs. Son corps entier (il le présente comme un « archet vivant ») est engagé dans une sorte de chorégraphie ponctuant le texte au point de parfois détourner l’attention du spectateur.
On est emporté par ce récit et après une légère hésitation, on comprend l’usage des trois langues sans le considérer comme un snobisme de mise en scène. Et tranchants comme un couperet, les derniers mots de Marie résonnent encore dans la tête du spectateur une fois sorti de la salle « … Je peux vous le dire à présent. Vous affirmez qu’il a sauvé le monde, mais moi, je vais vous dire ce qu’il en est. Cela n’en valait pas la peine »…

E.D



 
 
 
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