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Le repas des fauves

le  10/09/2020   au théâtre Hébertot, 78bis boulevard des Batignolles 75017 Paris

Mise en scène de Julien Sibre avec Thierry Frémont, Davy Sardou, Cyril Aubin, Olivier Bouana, Pascal Casanova, Cédric Chevalme, Jochen Hägele (reprend le rôle de l’Allemand précédemment tenu par Pierrejean Pagès), Jérémy Prévost, Julien Sibre, Barbara Tissier (qui reprend le rôle de Stépha écrit par Vahé Katcha


Nouvelle version

On l’avait déjà dit et répété mais cette pièce avait grandement mérité ses 3 Molières en 2011 ainsi que, d’ailleurs, ses plus de 600 représentations, autant au théâtre Michel qu’en tournée dans toute la France, qui en sont la preuve irréfutable. Un spectacle avec une trame certes pas toujours joyeuse ni avec des situations peu réjouissantes pour ses protagonistes mais néanmoins d’une grande finesse d’esprit, d’une bonne justesse de ton et d’une parfaite maîtrise scénique !
Pensez donc, c’est que nous sommes en pleine occupation allemande lors de la 2ème guerre mondiale et que 2 soldats nazis viennent d’être abattus froidement au pied d’un immeuble qui reçoit justement ce soir-là quelques amis pour fêter un anniversaire ! Un officier de la Gestapo, qui doit mener l’enquête « manu militari », décide alors d’obliger les quelques convives présents à choisir 2 d’entre eux comme otages en représailles à cet ignoble forfait perpétré. Comment vont alors réagir tous ces amis de longue date face au diabolique, voire monstrueux ultimatum imposé par ce commandant pourtant fort soucieux de courtoisie en ces temps de guerre ?
Ce qui est formidable dans cette œuvre magistralement interprétée, c’est que l’on passe rapidement de la bonne humeur et de la décontraction du début, dès que les invités s’installent, à la tension qui monte lorsque la Gestapo débarque, à l’angoisse d’être désigné et à la révélation des sentiments enfouis en chacun d’entre eux, qu’ils soient tout en leur honneur ou, bien au contraire, masquant leurs plus noirs dessins sous leur vrai visage, alors qu’ils ne leur restent que quelques heures à vivre avant d’être passés par les armes. C’est alors à celui ou à celle qui va essayer de sauver sa peau, à celui ou à celle qui proposera de négocier ses charmes, à l’autre qui ira prendre un bain et au dernier qui tentera de mettre le feu à l’appartement dans lequel ils sont tous réunis afin de s’enfuir dans la confusion à l’arrivée des pompiers. Jamais en mal d’idées saugrenues, capables de germer dans notre esprit, lorsque votre vie en dépend, ne tenant qu’à un fil !
Cette jeune troupe n’a pas son pareil pour nous servir, sur un beau plateau d’argent, ce drame psychologique adapté avec délicatesse et maestro à partir d’un écrit datant des années 1960, n’omettant pas au passage de nous dévoiler les pires infamies et de nous révéler les plus immondes arrière-pensées que peuvent avoir les uns envers les autres, le tout sur fond de rapports de force pleins d’ignominie et de C’est à celui qui tirera au mieux les marrons du feu ou du moins la couverture à soi, entre enfantillages, sournoiseries, mauvaise foi, égoïsme, déceptions, langues qui se délient, bassesse et lâcheté, au détriment du courage, de la bravoure et de l’intégrité.
Ce n’est certes pas la morale qui les étouffe, loin de là ! Et vous, comment réagiriez-vous face à ce même type de position pour le moins désagréable, face à ce même cas de panique fort palpable où l’amitié et la solidarité ont disparu, chacun essayant d’envoyer l’autre à l’abattoir ? Comme on dit, à la guerre comme à la guerre ! Bref, un jeu cruel extrêmement performant, dialogues au taquet et réflexions de circonstance, qui prouve bien que le théâtre a encore de beaux jours devant lui…

C.LB



 
 
 
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