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Bio ou la vie improvisée d’un héros anonyme

le  04/10/2017   au Comédie des Boulevards, 39 rue du Sentier 75002 Paris (du mercredi au samedi à 21h30)

Mise en scène de la Compagnie d’improvisation « Eux » avec en alternance: Jean-Marc Guillaume, Loïc Colin, Timothée Ansieau, Nabla Leviste, Mark Jane et Jeanne Chartier écrit par la Compagnie d’improvisation « Eux »




C’est dans un petit écrin rouge que l’on se rend pour aller voir Bio, la pièce que la compagnie Eux présente en ce moment. La comédie des boulevards qui présente Bio, la dernière création de cette troupe, est la quintessence du lieu théâtral : tentures rouges, bancs tendus de vermillon, rideaux écarlates. Et au sortir de cette pièce qui se joue, on se dit qu’il y a cohérence entre le lieu et la pièce. C’est en effet la substantifique moelle du théâtre pour le plus grand bonheur des spectateurs : un texte, des échanges entre personnages, une histoire, le tout servi par d’excellents comédiens qui jouent en alternance. Le 4 octobre au soir, nous avons pu ainsi assister aux prouesses de Jeanne Chartier, Loïc Armel Colin et Mark Jane.
Prouesses ? Tout à fait car on assiste ici à l’exercice le plus périlleux de l’art théâtral : le spectacle d’improvisation !! Tout commence par une sorte de criée aux mots : les spectateurs lancent aux comédiens des mots qui choisissent le cadre de l’improvisation. On définit ainsi un prénom (René pour le soir où nous avons assisté à la représentation), un métier (acteur burlesque), une passion (les poupées russes) et un cadre de vie (une péniche). A peine 3 minutes de pause (et, on le suppose, de concertation des comédiens) et c’est parti pour une heure 15 de l’histoire d’un personnage (d’où le nom de « Bio » comme biographie) avec un début, une intrigue et une conclusion !
Même si la situation change tous les soirs, on ne résiste pas au plaisir de vous narrer le scénario du soir : Jeanne nous plonge dans la magie de l’univers des poupées russes, fascinante avec ses yeux à la Yolande Moreau. Elle sera tour à tour la mère, la maitresse-femme enfant et la grosse femme, mécène du jeune comédien qui dit avoir chaud « parce qu’on est jeudi, et que les jeudis, elle a chaud ». David, quant à lui, étire sa longue silhouette et son irrésistible accent british pour camper tour à tour un marchand russe et acariâtre de poupées russes, le père alcoolique du comédien et son pote Michel, lourdingue, auteur toutefois d’une superbe réplique « Le burlesque, c’est comme les baleines, faut que ce soit gros (sic) ». Enfin, il y a René, le héros, qui va avoir un rêve et le réaliser : être un acteur burlesque. C’est un jeune premier campé par Loïc, un acteur aux traits fins et aux boucles brunes. Il est tour à tour enfant, féminin, vendeur de chaussures essayant les talons hauts à la demande de sa grosse cliente.
Au-delà de l’histoire (les acteurs insistent bien là-dessus : ce que l’on voit un soir ne se répètera plus jamais !), ce qui fascine, c’est le talent de dialoguiste spontané de la bande. On est bluffé par la qualité de ce « texte » non écrit », et on est fasciné par l’enchainement des scènes qui nous font faire des allers-retours entre présent et passé du personnage sans que le spectateur ne s’y perde. Lumière et musique font office de décors et sont en totale osmose avec le jeu : la lumière marque un changement d’ambiance spontanément initié par les comédiens, un effet sonore vient à point nommé souligner le jeu. Rien ne vient ainsi rappeler au spectateur qu’il assiste à une improvisation totale. On arrive même parfois à deviner les costumes et accessoires pourtant inexistants. Même les quelques incidents ou télescopages sont récupérés par ces comédiens rodés à l’exercice. Rodés mais pas blasés, eux qui utilisent leur métier au service de l’histoire.
On passe ainsi du rire (souvent) à l’émotion (parfois) dans un ballet d’entrées et de sorties non seulement de comédiens mais surtout de personnages. On aurait presque envie de demander à ces acteurs ce que contient la « boite à outils » théâtrale dont il dispose sûrement pour réagir aussi vite au jeu de leurs camarades de scène. Et puis, on y renonce et l’on quitte la salle en se disant « il y a sûrement un truc, mais lequel ? ».....

E.R



 
 
 
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