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Swann s’inclina poliment (jusqu'au 3 décembre)

le  26/10/2017   au théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple 75011 Paris (du mercredi au samedi à 21h15 et dimanche à 17h)

Mise en scène de Nicolas Kerszenbaum avec Sabrina Baldassarra, Marik Renner et (en alternance) Gautier Boxebeld ou Thomas Lar écrit par Marcel Proust (une adaptation de ses textes)




C’est un pari bien courageux que de tenter d’adapter Proust pour la scène ! C’est pourtant celui que tente de relever Nicolas Kerszenbaum, adaptateur et metteur en scène qui présente actuellement « Swann s’inclina poliment », très librement inspiré d’un amour de Swann au Théâtre de Belleville.
Lorsque le spectateur entre dans la salle, le spectacle a déjà commencé : deux comédiennes, l’une sur le plateau, l’autre sur une estrade surélevée cernée d’orchidées sont agitées des soubresauts dans une étrange chorégraphie. Un comédien jeune, en tenue détendue, est également là. En arrière scène, deux musiciens (guitare/basse et claviers) constituent une nappe sonore douce à l’oreille. Bientôt, l’éclairage de la salle se tamise, le texte surgit, et les dés sont lancés : nous avons là Biche, le peintre, Madame Verdurin, l’hôtesse bourgeoise et Odette… et nous, le public, nous serons l’acteur muet : Swann, l’amoureux épris d’Odette.
On peut nous tutoyer ? On nous tutoiera donc. Et le récit se déroule ainsi : une histoire d’amour -celle du roman de Proust - va se nouer entre Swann, riche fils de financier et Odette, une sorte de prostituée. Elle aura pour témoins les hôtes du salon où l’on cause : celui de Mme Verdurin. Il y a là l’hôtesse de lieux, volubile, parfois caustique, un peu snob mais plus bourgeoise parvenue qu’aristocrate à pedigree. Il y a aussi l’élégant Elstir, le peintre que l’on appelle plus familièrement biche, c’est le chien savant (ou le pique-assiette) de Mme Verdurin qu’il séduit tout autant de sa silhouette que de ses propos. Et puis, un jour, à la faveur d’une rencontre au théâtre, une convive supplémentaire se joint à la petite troupe : Odette. On n’en saura pas tellement plus de l’énigmatique fiancée de Swann. Il faut également mentionner les musiciens, parfois invités à quitter leurs instruments pour se joindre à la troupe.
Une fois l’intrigue posée (nous sommes en 1885 !), le parti pris de Nicolas Kerszenbaum devient moins clair : des mots jetés ça et là tentent de teinter le propos de modernité : « je reviens de mon club de Pilates dit Mme Verdurin » « Je suis allé au Théâtre voir Sarah Bernardt » dit l’un. »Non, Isabelle Huppert » reprend l’autre. On y parle de Thomas (Piketti, l’économiste »), on y joue aux cartes en dénonçant le capitalisme. Au final, on retient surtout le bavardage gai et vaguement mondain des convives du salon. Le propos s’embrouille ainsi et l’intention du metteur en scène se dilue dans une forme inachevée : certes, l’époque décrite par Proust est à la croisée des chemins, entre fin de l’aristocratie et émergence de la toute-puissance bourgeoisie mais il faut lire la note d’intention du metteur en scène pour la saisir dans la pièce.
Reste qu’il y a des moments d’enthousiasme dans « Swann s’inclina poliment » et notamment dans les interventions chantées de Sabrina Baldassarra, (Madame Verdurin) particulièrement crédible et talentueuse. On admire aussi l’élégance volubile de Gautier Boxebeld, qui joue (en alternance) le peintre Biche. On est en revanche moins convaincus par Marik Renner dans le rôle d’Odette. Guillaume Léglise est au piano et aux claviers : il a créé une envoutante partition musicale qui pioche tout autant dans Satie et les airs de la fin du XIXème que dans la danse macabre de Saint Saëns. Il est accompagné De Jérôme Castel.
L’ambition de créer un spectacle complet dans une petite salle est une œuvre louable : les lumières de Nicolas Galland y contribuent. On émettra par contre une réserve de taille sur la scénographie de Louise Sari, les praticables sont encombrés d’un fatras d’oiseaux empaillés et d’orchidées, sans que le spectateur ne comprenne ce point de vue ainsi exprimé.
On sort donc mitigé de ce spectacle mais parfaitement enthousiaste devant l’entreprise.
Et si « Swann s’inclina poliment » devait n’avoir qu’une seule vertu, ce serait peut-être celle de donner envie de se plonger dans Proust, cet auteur, pour reprendre le mot célèbre « qu’on relit toujours sans l’avoir jamais lu »....

E.D



 
 
 
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